Juillet ne fait pas l’élection présidentielle, mais il y contribue

Il est toujours intéressant de se tourner vers le passé pour regarder ce qu’il se passait aux mois de juillet 2021 et juillet 2016 et 2011 à 9 mois des élections présidentielles.

En 2021, la situation politique était assez claire. Emmanuel Macron, président sortant, était en tête dans les sondages talonné par Marine Le Pen, chacun doté de 23 à 26% dans les sondages. Xavier Bertrand était donné entre 16 et 18% et Jean-Luc Mélenchon entre 10 et 11%. Quelques mois plus tard, on avait la confirmation de ce duo de tête qui allait s’affronter au deuxième tour de l’élection présidentielle. Mais Xavier Bertrand avait disparu au profit de Valérie Pécresse, désignée par les Républicains. Et Jean-Luc Mélenchon échouait de très peu à être présent au deuxième tour, frôlant les 22% en bénéficiant notamment du crash mémorable d’Anne Hidalgo, avec moins de 2% au premier tour de l’élection présidentielle.

Si l’on remonte un peu plus loin en juillet 2016, Alain Juppé apparaissait comme le futur président caracolant dans les sondages au premier tour, donné vainqueur au second tour dans tous les cas de figure avec plus de 65% des voix contre Marine Le Pen. François Hollande en difficulté était donné à 17-18%. Emmanuel Macron venait de lancer En Marche et était donné autour de 8-10%. François Fillon était alors considéré comme le troisième homme de la primaire des LR derrière Alain Juppé et Nicolas Sarkozy.  Quelques mois plus tard, Hollande renonçait à être candidat ; Fillon emportait la primaire LR contre Juppé avant d’être rattrapé par des affaires qui le privait du deuxième tour au détriment de Marine Le Pen ; Hamon emportait la primaire socialiste, ouvrant un boulevard à Emmanuel Macron.

En revanche, en juillet 2011, la situation politique s’était éclaircie depuis déjà quelques semaines. DSK avait été emporté au mois de mai par l’affaire du Sofitel de New-York. François Hollande s’imposait ainsi dans le camp socialiste avant même l’organisation d’une primaire, qui allait avoir lieu en octobre, et était donné en tête dans les sondages pour les présidentielles avec 27-29% des voix. Nicolas Sarkozy, plutôt impopulaire, était donné à 20-22%. Marine Le Pen était entre 18 et 20%. Les autres candidats potentiels (Jean-Louis Borloo, François Bayrou, Eva Joly, Jean-Luc Mélenchon) avaient du mal à exister. Quelques mois plus tard, François Hollande était élu Président, battant au deuxième tour le Président sortant.

Revenons maintenant à notre mois de juillet 2026. Nous avons quelques certitudes.

La première est qu’Emmanuel Macron ne sera pas candidat à sa succession puisqu’il ne le peut pas. C’est un élément nouveau que nous n’avons pas connu lors des trois précédentes élections. Je rappelle que si François Hollande n’a pas été candidat en 2022, c’est parce qu’il a décidé de ne pas l’être − très tardivement d’ailleurs, le 1er décembre 2016 − alors qu’il aurait pu concourir. Cela ouvre le jeu de façon considérable.

La deuxième certitude, c’est que la plupart des partis politiques ont désigné leur candidat alors que lors des précédentes élections, cela se passait plutôt à l’automne. Les LR ont désigné leur Président Bruno Retailleau ; Horizons a désigné Édouard Philippe ; LFI a désigné son leader Jean-Luc Mélenchon ; Renaissance a désigné son Président Gabriel Attal ; enfin, le Rassemblement National, qui attendait une décision de justice importante le 7 juillet, a immédiatement désigné dans la foulée sa candidate, Marine Le Pen, qui est entrée en campagne. Dans ce retour aux désignations par les partis politiques, qui figent des candidatures et rendent moins évidents retraits et tractations, manquent à l’appel la gauche non-LFiste, le Modem et c’est à peu près tout.

Si l’on regarde les rapports de force dans les sondages, Marine Le Pen est largement en tête dans les sondages avec 33-35%. Édouard Philippe, Gabriel Attal, Jean-Luc Mélenchon, Raphaël Glucksmann et Bruno Retailleau suivent avec des scores qui s’établissent entre 9 et 17%, sans que rien n’apparaisse très net. Au deuxième tour, Marine Le Pen est donnée gagnante dans tous les cas de figure, avec des scores compris entre 54 et 65%, suivant les configurations de second tour.

Est-ce que cela veut dire que le match est plié ? Les expériences évoquées plus haut nous appellent à la modestie et à la prudence.

Mais on peut se dire que l’électorat du RN est solide, bien implanté désormais dans toutes les régions de France. Marine Le Pen est une candidate expérimentée. Elle a l’habitude des campagnes présidentielles. On la voit mal s’effondrer et ne pas être présente au minimum au deuxième tour de l’élection présidentielle.

Il ne reste donc sur le papier, et si l’on admet cette hypothèse, qu’une place à prendre. Et bien malin aujourd’hui est celui qui peut écrire qui sera second.

À gauche, Jean-Luc Mélenchon bénéficie d’une campagne démarrée très tôt, d’une forte identification idéologique, d’un électorat urbain, jeune, d’une forte mobilisation des jeunes et moins jeunes issus de l’immigration, du fait d’un discours décomplexé sur la France, l’islam, la Palestine. La dernière fois, il avait doublé son score entre juillet 2021 et mai 2022. Il pense pouvoir renouveler sa performance et il peut bénéficier d’un vote utile à gauche dans le désordre actuel des autres formations politiques de gauche.

La question est de savoir si entre maintenant et la fin de l’année peut émerger une candidature de la gauche non-LFiste crédible. Le PS organisera une primaire en octobre. Qui acceptera d’y participer ? Pas Bernard Cazeneuve, qui vient d’écrire une lettre aux Français ; sans doute pas François Hollande, qui trouve que c’est un peu tôt pour sortir du bois ; et peut-être pas non plus Raphaël Glucksmann, qui craint sans doute que cette primaire fasse l’objet d’une manipulation. Bref, un grand flou qui va probablement durer quelques mois.

Au centre et à droite, on sent bien qu’il faudrait converger si on veut avoir une chance d’être présent au deuxième tour. Mais les partis politiques sont figés sur la défense de leurs intérêts partisans, de leurs circonscriptions. Et leurs leaders sont persuadés d’être meilleurs que le voisin… Les mois d’automne, les sondages peuvent-ils faire le tri ? C’est ce que chacun espère en pensant que cela jouera en sa faveur. On ne voit en tout cas aucune dynamique poindre en ce mois de juillet, et encore moins de processus de tri ou de désignation transpartisan.

Fort de leur couloir et de leur ligne de nage, c’est donc autour de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon que se structure cette première période de pré-campagne. Mais le temps est long et il est donc indispensable de suivre de très près tous les signaux, forts et faibles, qui se dégagent de la vie politique de notre pays. C’est ce que font au quotidien les équipes de NSI, avec leur expertise et leurs outils. N’oublions pas aussi qu’il faudra malgré tout adopter un PLF et un PLFSS à l’automne, mais c’est un autre sujet.

Par Alexandre Medvedowsky