Visite réussie du prince héritier saoudien à Paris

Le prince Mohamed Ben Salman (MBS) a effectué du 21 au 24 août une visite officielle en France. Il était présent lors de la remise du trophée au vainqueur de la Coupe Mondiale des Jeux Numériques et il a participé à la première réunion au sommet du Conseil de Partenariat Stratégique franco-saoudien. Le prince a été reçu à dîner à l’Elysée et il a eu des entretiens fructueux avec le Président de la République sur la situation au Moyen Orient, où nos positions convergent largement. Il a enfin clôturé avec le président un important Forum d’Affaires, qui a clairement marqué l’intérêt fort des entreprises des deux pays à accroître leur coopération dans de nombreux domaines.

Lors de cette visite, deux contrats majeurs ont été signés avec Alstom et avec CMA CGM : le premier (500 millions d’euros) pour fournir des rames supplémentaires pour les lignes 3 et 6 du métro de Riyad, ainsi que sur l’installation en Arabie Saoudite d’une usine d’assemblage de rames destinées à la future ligne 7 ; le second (434 millions d’euros) pour développer un nouveau terminal au port de Djeddah.

Par ailleurs une vingtaine de MOU ont été signés dans les secteurs de l’énergie, de l’industrie, de l’Intelligence Artificielle, de la Défense, des finances, de la logistique, de la santé, du tourisme (prolongation jusqu’en 2035 de l’accord sur Al Ula), de la culture et des technologies émergentes. Les deux ministères de la Défense ont notamment paraphé une lettre d’intention relative au renforcement de leur partenariat et les ministères de l’Economie ont scellé un mémorandum d’entente sur la coopération dans l’IA. BNP Paribas a aussi obtenu une licence lui permettant d’établir son siège régional en Arabie Saoudite.

Les médias ont surtout retenu de cette visite l’annonce d’un investissement saoudien de 6 milliards d’euros pour créer trois parcs à thème – en particulier l’un dédié au manga japonais Dragon Ball – en région parisienne (notamment sur l’ancien site de Mirapolis à Cergy Pontoise), qui créerait 22.000 emplois directs. Cet investissement serait mené par l’Arabie Saoudite, via Qiddiya Investment Company, filiale du fonds souverain saoudien PIF.

À ce stade, il s’agit d’un protocole d’accord et il y a encore du chemin à parcourir avant d’aboutir à un contrat. Le communiqué de Qiddiya Investment Company indique d’ailleurs avoir « signé un protocole d’accord avec le gouvernement français pour explorer le développement d’une nouvelle destination de divertissement à usage mixte » et précise que ce moment « marque le début d’une phase de travail commun pour définir l’échelle du projet, son modèle de développement et sa structure contractuelle ». Concrètement, la France et l’Arabie Saoudite engagent un projet de long terme appelé à se concrétiser au fil du travail conjoint qu’il reste désormais à mener.

D’une manière générale, cette visite du prince héritier saoudien à Paris peut être considérée comme un succès car elle montre le souci des deux capitales de renforcer leur concertation sur les dossiers du Moyen-Orient et qu’elle témoigne de la volonté partagée des entreprises des deux pays d’accroître leur partenariat dans la mise en œuvre des grands projets de la « Vision 2030 » saoudienne. Il est en effet clair qu’outre l’organisation de l’Exposition Universelle à Riyad en 2030 (prioritaire pour MBS), l’Arabie Saoudite – comme les autres pays du Golfe – doit dorénavant tirer les conclusions des frappes iraniennes sur son territoire pour sécuriser ses infrastructures vitales : installations militaires, data centers, usines de dessalement, centrales électriques, nouvelles routes d’acheminement de l’énergie et sécurisation des oléoducs.

La France est a priori bien placée pour participer à ces différents objectifs si elle sait mettre à profit cette visite réussie de MBS à Paris pour concrétiser les différents accords signés.


Par Bertrand Besancenot