L’émir-père du Qatar, cheikh Hamad ben Khalifa Al Thani, est décédé le 12 juillet. Il avait régné sur son pays de 1995 à 2013. Il était le véritable créateur du Qatar moderne.
Quand il prit le pouvoir, il fit le pari industriel audacieux de se lancer dans l’exploitation du gigantesque gisement de gaz de North West Dome, en prenant le risque d’endetter son pays. C’est ce qui permit au Qatar d’engranger de grands contrats avec des États comme le Japon et la Corée, et qui fit la fortune actuelle de l’émirat.
Il voulut également mettre son pays sur la carte du monde en lançant la chaîne satellitaire Al Jazira, visant à faire connaître sur la scène internationale la sensibilité du monde arabo-musulman.
Il développa également une diplomatie très active de médiation avec son brillant ministre des affaires étrangères – cheikh Hamad ben Jassem – qui est poursuivie actuellement par ses successeurs.
Il ouvrit enfin le pays à la modernité en organisant des élections et en promouvant le rôle des femmes. Son épouse, Cheikha Moza, a eu un rôle remarquable dans les domaines socio-éducatifs, en créant notamment la Qatar Foundation.
Aujourd’hui, grâce à toutes ces initiatives, le Qatar est un pays connu et respecté sur la scène internationale. Son grand projet de développement de ses ressources en gaz lui assure un futur prospère et Doha est devenue un centre reconnu pour les événements culturels et sportifs. L’organisation du Mondial de football en 2022 a été le dernier grand succès de cheikh Hamad.
On lui a certes reproché de soutenir les Frères Musulmans et il est exact que la chaîne Jazira leur a donné une voix. De même certains financements en Europe et ailleurs ont été des erreurs. Mais cette politique n’a plus cours aujourd’hui et cheikh Hamad n’était pas lui-même un Frère Musulman. Il estimait simplement que ce mouvement représentait une sensibilité incontestable dans le monde arabo-musulman et qu’à ce titre il était normal de lui donner la parole. Lors des « printemps arabes » il a cru que soutenir les nouveaux pouvoirs qu’ils avaient conquis donnerait au Qatar un rôle de « parrain du nouveau monde arabe » ; mais il a tiré les conséquences de leur échec.
Et surtout il ne faut pas oublier que cheikh Hamad fut un grand ami de la France. Dès l’indépendance en 1972, il fut un artisan – en tant que prince héritier et ministre de la Défense – de la coopération privilégiée de son pays avec le nôtre, dans les domaines civil et militaire. Il fit aussi entrer son pays dans le monde de la francophonie et aimait séjourner en France.
Tous ceux qui l’ont connu ont apprécié son grand sens de l’humour, sa simplicité et son côté visionnaire. On peut dire qu’il a créé un Etat moderne au XXI e siècle et son fils l’émir Tamim – ainsi que ses autres enfants – poursuivent avec succès la politique qu’il a initiée.
La France perd un ami véritable, mais nous savons que ses successeurs continueront à promouvoir l’amitié entre nos deux pays.
