Cet accord est le premier signé directement entre ces deux pays et il est présenté comme une étape importante dans la normalisation entre deux Etats qui ne se reconnaissent pas encore.
La pression américaine a permis ce résultat qui n’avait rien d’évident : En effet Israël occupe une partie du territoire libanais, a envahi son voisin à trois reprises, est très nettement supérieur sur le plan militaire, porte un projet expansionniste au Moyen Orient et est prêt à détruire tout ce qui l’entoure pour assurer sa sécurité.
De l’autre côté, le Hezbollah – parti encore dominant au Liban – est inféodé à Téhéran, a entraîné le pays du cèdre dans plusieurs guerres contre sa volonté, cherche à maintenir sa domination et menace de torpiller la paix civile si on touche à ses armes.
De ce fait, il y a au Liban un profond désaccord entre les différentes communautés sur les causes des difficultés du pays et sur les solutions à envisager ; et l’accord signé polarise le débat politique. En effet, l’accord-cadre signé à Versailles entre les Etats-Unis et l’Iran fait de facto de la République islamique un acteur incontournable au Liban – ce qui inquiète les adversaires du Hezbollah – mais elle donne aux Etats-Unis un levier pour tempérer les ardeurs guerrières du gouvernement Netanyahou au Liban, ce qui est source d’espoir pour beaucoup.
S’agissant de l’accord en quatorze points entre Israël et le Liban, il a le mérite de mettre – sur le papier – un terme au conflit au Liban et reconnaît la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban, ce qui n’est pas indifférent quand on sait les ambitions territoriales au sud-Liban de certains extrémistes en Israël.
En revanche, il n’y a pas de calendrier de retrait des forces israéliennes au Liban car Netanyahou le lie à l’élimination totale de la menace du Hezbollah contre Israël. En outre, le Premier Ministre israëlien a sa propre interprétation de l’accord, qui lui donnerait carte blanche pour continuer à frapper le Hezbollah au titre de la légitime défense.
De son côté, le Hezbollah refuse de se conformer à cet accord, ce qui entrave l’objectif de son désarmement. En outre, l’armée libanaise n’a pas vraiment les moyens de réaliser seule ce but et elle doit éviter le risque de dissension en son sein entre communautés. La tâche du gouvernement libanais est donc très difficile, ce qui l’amène à n’envisager qu’un processus progressif, avec une assistance internationale. C’est la raison pour laquelle Beyrouth doit se satisfaire dans un premier temps de la création de deux zones-pilotes au sud du pays, dont Israël se retirerait au profit de l’armée libanaise.
Un autre point de l’accord risque de poser problème : l’article 13 stipule que le Liban renonce à engager des poursuites légales contre de potentiels crimes de guerre, ce qui n’est pas accepté par certaines parties au Liban et devrait être contesté au Parlement.
Quant aux Etats-Unis, ils sont censés mobiliser les partenaires internationaux du Liban pour apporter une aide humanitaire et reconstruire le pays. Les pays du Golfe sont naturellement visés, mais ils ne le feront qu’à certaines conditions. Ils estiment en effet – à juste titre – que la pérennité de l’accord israëlo-libanais ne sera assurée que si il y a un accord global américano-iranien, amenant Téhéran à accepter un désarmement du Hezbollah et sa transformation en un simple parti politique, ce qui est loin d’être acquis.
Or il n’est pas assuré que les négociations américano-iraniennes aboutiront à un accord global dans les 60 jours. En effet, le président Trump cherche a priori à sortir du guêpier du conflit avec l’Iran en acceptant certains compromis, mais le régime iranien risque d’être intransigeant dans ses demandes car il estime avoir gagné la guerre. En outre, Netanyahou n’a pas renoncé à « finir le travail » au Liban comme en Iran, et on ne peut pas exclure – si la négociation entre Washington et Téhéran traîne en longueur – qu’il cherche une nouvelle fois à entraîner les Américains dans une nouvelle aventure militaire.
A cela s’ajoute la frustration des pays du Golfe – premières victimes du conflit – qui entendent faire valoir leurs préoccupations notamment sur le dossier balistique iranien qui est la menace la plus claire les visant. En outre, ces pays – à l’exception des Emirats Arabes Unis – perçoivent désormais Israël comme l’une des principales sources d’instabilité dans la région, d’autant plus que le gouvernement de Netanyahou refuse la moindre concession aux Palestiniens.
Dans ce contexte général incertain du Moyen Orient, le Liban espère un apaisement des tensions et des progrès dans les négociations vers un arrangement régional qui lui permettrait enfin de se reconstruire. Mais il est conscient des difficultés de ces négociations en cours et du rôle déterminant du président Trump pour parvenir à un accord avant les élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Après cette échéance – si un accord n’est pas conclu – il est probable que le Congrès souhaitera jouer un rôle actif sur ce dossier pour limiter le risque d’une reprise des hostilités (très coûteuses) et encadrer un futur accord avec l’Iran. La sortie du tunnel n’est cependant pas assurée.
Naturellement la France continuera à faire le maximum pour protéger les intérêts du Liban, comme elle l’a toujours fait.
