L’un des développements les plus intéressants dans le paysage géopolitique en évolution du Levant est un accord tripartite conclu en mai sur l’énergie entre la Syrie, la Jordanie et le Liban. Ce pacte, qui facilite l’utilisation des infrastructures jordaniennes pour les importations de gaz naturel liquéfié et la réactivation du gazoduc arabe, doit être considéré comme une étape significative vers une coopération régionale concrète.
L’accord présente en effet plusieurs avantages :
Tout d’abord, s’appuyant sur les précédents accords bilatéraux, il répond aux déficits énergétiques immédiats en Syrie, tout en apportant des bénéfices indirects au secteur énergétique libanais déjà en difficulté. Pour la Syrie, cela ajoute une capacité essentielle de production d’électricité, vitale pour les efforts de reconstruction et la relance économique du pays. Elle renforce par ailleurs la position de la Jordanie en tant que pôle logistique et énergétique régional. Elle offre enfin au Liban un soulagement partiel face aux pénuries chroniques d’électricité qui ont longtemps sapé sa stabilité socio-économique.
Cet accord crée en outre une base pragmatique pour une collaboration plus large, allant au- delà de la seule énergie. Il peut en effet être utilisé par les trois pays comme un point de départ pour étendre leur partenariat dans quatre domaines : la sécurité, les questions humanitaires, la connectivité économique et la gestion de leurs ressources :
– La lutte contre la drogue : Les réseaux criminels exploitent en effet les frontières poreuses et l’instabilité régionale. Le trafic du captagon en particulier alimente la violence met à l’épreuve les forces de l’ordre et pose un problème significatif de santé publique au Moyen Orient, y compris dans le Golfe. Les trois pays ont donc intérêt à intégrer leurs initiatives anti-narcotiques en s’inspirant de la plateforme ministérielle de l’accord sur le gaz pour l’échange de renseignements et la coordination des patrouilles aux frontières.
– La crise des réfugiés : Le Liban et la Jordanie abritent des populations importantes de réfugiés syriens qui posent à ces deux pays des problèmes sérieux. Les trois États peuvent de concert améliorer la situation dans les camps et organiser la réintégration progressive des réfugiés en Syrie.
– La circulation des personnes et des biens aux frontières : Une meilleure collaboration en matière de sécurité et la modernisation des postes-frontières faciliterait cette circulation et promouvrait le commerce et l’intégration économique entre les trois pays. Elle s’accompagnerait logiquement de la restauration et de l’extension des connexions entre eux par route, rail et oléoduc. Cela positionnerait la Syrie comme corridor vital, renforcerait le rôle logistique de la Jordanie et utiliserait les avantages maritimes du Liban.
Les pays du Golfe prennent en compte ces perspectives afin de moins dépendre du détroit d’Ormuz pour leurs exportations. Naturellement un tel développement impliquerait des investissements conjoints et la participation du secteur privé, accélérant ainsi la reprise économique après la guerre et l’intégration des trois pays dans le marché global du Moyen Orient, avec l’aide des pays du Golfe.
– La gestion de l’eau : La sécheresse et la rareté de l’eau sont un problème commun dans la région. Des projets conjoints pourraient en effet concerner la gestion partagée des aquifères et la désalinisation de l’eau de mer.
