La France présidait cette année 2026 le G7 qui, lors de sa création en 1975 par Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, regroupait les économies les plus riches de la planète. Désormais, avec la montée en puissance des pays émergents, il s’agit plus d’un groupe de pays occidentaux rassemblés autour des mêmes valeurs démocratiques, France, Royaume- Uni, Allemagne, Italie, Canada, États-Unis, Japon, et Union Européenne.
On se souvient que la ville d’Évian avait déjà été choisie pour un sommet du G7/G8 en 2003 alors que l’intervention américaine en Irak avait débuté en mars. La Russie était encore membre du G8 dont elle fut exclue après la région du Donbass et l’annexion de la Crimée en 2014. D’où un retour à l’appellation de G7.
Comme en 2003, il s’agissait pour la présidence française de chercher à restaurer entre occidentaux, une unité de vue et d’action sur un grand nombre de défis à relever par la communauté internationale dans un contexte conflictuel et alors même que s’est constitué depuis 2009 le groupe des BRICS avec le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud élargi en 2024 à l’Égypte l’Éthiopie, les Émirats Arabes Unis, l’Iran et l’Indonésie dont l’ambition est de défier la gouvernance mondiale politique et financière déterminée, selon eux, par le monde occidental à leur détriment.
Depuis l’origine, le G7 qui n’est pas une institution, a gardé sa vocation d’être un groupe informel sans secrétariat qui, par ses décisions, donne les impulsions nécessaires aux organisations internationales sur des sujets concernant notamment, l’économie, les finances, l’énergie, la santé, le développement, les technologies ainsi que la paix et la sécurité. Depuis plusieurs années, on observe une tendance du G7 à prendre position sur les grands conflits internationaux, ce qui n’était pas le cas au début.
Le sommet du G7 de 2026 avait pour défi particulier de retenir, pendant l’ensemble de la réunion, la présence du président Donald Trump qui avait quitté prématurément le sommet de Kananaskis de 2025 qui s’était terminé avec des conclusions tronquées. Tout avait été fait par la présidence française pour aménager les dates du sommet en fonction des contraintes du président américain qui fêtait les 250 ans de l’indépendance américaine. Le sommet se tenait par ailleurs dans un contexte de guerre commerciale, malgré l’accord passé en juillet 2025 entre l’Union européenne et les États-Unis à Turnberry, et sous la menace d’augmentation de tarifs douaniers sur certains biens par Donald Trump en rétorsion aux décisions prises par l’Union européenne sur les questions numériques. Le contexte était aussi comme l’an dernier celui de la guerre entre l’Ukraine et la Russie et la nécessité de conserver une unité d’action avec les États-Unis. Le fait nouveau était pour les participants les conséquences de la guerre menée par les Etats-Unis contre l’Iran et de voir se régler sans délai la question du passage dans le détroit d’Ormuz avec ses conséquences pour l’économie mondiale et en particulier sur le plan énergétique.
Afin de donner à ce sommet du G7 le maximum de résonance, un « outreach » avec l’Inde, le Kenya, la Corée-du-Sud, le Brésil et l’Égypte avait permis tout au long de l’année écoulée au niveau ministériel, une préparation du thème principal de la rencontre qui concernait les déséquilibres mondiaux. Les chefs d’État et de gouvernement des pays invités se sont rendus à Évian la veille du sommet.
Constatation était d’essayer de concilier d’un côté les États-Unis et la guerre des tarifs douaniers, d’un autre côté la Chine et ses surcapacités de production et au milieu l’Union européenne avec un marché ouvert sur le monde.. La question était de savoir comment rééquilibrer l’économie mondiale en tenant compte des grandes tendances.
Le sommet du G7 d’Evian a donné lieu à une dizaine de communiqués sur une série de sujets qui sont autant d’orientations que les grandes économies occidentales sont censées suivre dans les mois qui viennent.
Les nouvelles technologies ont fait l’objet d’une attention particulière notamment concernant le déploiement de l’intelligence artificielle de façon sûre et bénéfique spécifiquement s’agissant de la protection des enfants. Les risques pesant sur la cybersécurité ont fait également l’objet de discussions approfondies.
Le sommet, sans citer la Chine, a souligné la nécessité d’assurer la sécurité des chaînes d’approvisionnement de matériaux critiques. On sait que le Japon, les États-Unis et l’Union européenne ont des projets d’achat de terres rares à des prix garantis et l’Union européenne de son côté a adopté la directive « Raw Material Act ».
Le domaine de la santé a été évoqué concernant Ebola et la nécessité d’être prêt en cas de crise majeure notamment par un engagement financier en cohérence avec les actions de l’ONU. Le cancer à également fait l’objet d’engagements en faveur des échanges de diagnostics.
Des textes ont été également adoptés concernant le trafic de drogue ainsi que les trafics de migrants dans l’objectif de coordonner les actions pour le démantèlement des réseaux criminels. Une déclaration a été adoptée sur le financement du développement ainsi que sur la croissance en soulignant en particulier le rôle du FMI et de la Banque mondiale.
C’est sur les conflits en cours que le sommet a lancé un signal d’unité. Concernant le conflit russo-ukrainien, les chefs d’État et de gouvernement du G7 en présence du Président Zelinski ont resserré les rangs avec les Etats-Unis et rappelé la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine. Ils ont réaffirmé leur soutien militaire en particulier par des capacités aériennes et des armes à longue portée. Ils ont affirmé leur volonté d’accentuer la pression sur l’effort de guerre russe.
S’agissant du conflit entre les États-Unis et l’Iran, c’est à Versailles, à la fin du dîner de gala, qu’a eu lieu la signature du « « Memorandum of Understanding » entre les États-Unis, avec le président Trump sur place et l’Iran, avec le président Pezmeshkian à Téhéran par signature électronique. Ce texte accueilli avec soulagement par les membres du G7 -qui n’y ont en rien contribué- mais qui par leur présence et la mise en scène ont donné le sentiment de l’appuyer, est censé établir un cessez-le-feu de 60 jours au cours duquel seront négociés des sujets de fond comme, entre autres, les capacités nucléaires iraniennes, la levée des sanctions et en particulier le régime de passage dans le détroit d’Ormuz. On a vu depuis la fragilité des engagements pris et les violations continues du cessez le feu.
Le Liban a fait l’objet d’un appel à cesser le feu solide, au désarmement du Hezbollah et un rappel à l’indépendance et à la souveraineté du pays.
D’une manière générale, compte-tenu du contexte relativement tendu des relations de l’Union européenne avec les États-Unis, de même que les relations de Washington avec le Japon et le Canada, le tout dans un contexte d’incertitude liée au développement des conflits russo-ukrainien et américano-iranien, le sommet du G7 d’Evian 2026 peut être considéré dans la forme comme un succès et dans le fond comme un effort pour plus d’unité sur les grands défis du moment. Les orientations prises sur le plan économique, technologique et sanitaire nécessiteront un suivi assuré par les Etats et les organisations internationales concernées.
L’environnement conflictuel du sommet a lourdement pesé sur ses conclusions. Beaucoup dépendra de l’attitude américaine vis-à-vis de l’Iran et des conséquences de ce conflit sur l’économie mondiale, ce sur quoi le G7 en tant que tel a peu ou pas de prise. Concernant le conflit russo ukrainien, nul doute qu’il s’agit d’un retour à l’unité mais aussi d’un pas supplémentaire dans le durcissement des positions qu’il implique. Un doute subsiste aussi sur la durabilité de la position de fermeté du Président Trump et sa cohérence vis-à-vis de la Russie.
Par Maurice Gourdault-Montagne
