Jusqu’où ira la patience de Trump envers Netanyahou ?

La vive dispute qui a éclaté début juin entre la Maison-Blanche et le Premier Ministre israëlien – et qui s’est reproduite récemment – reflète l’inquiétude grandissante du président américain que la poursuite de l’offensive militaire d’Israël contre le Hezbollah puisse faire dérailler son plan de paix avec l’Iran.

En effet, alors que l’administration Trump a investi beaucoup de capital politique dans la tentative de conclure un accord avec Téhéran pour mettre fin à plus de trois mois d’hostilités, Netanyahou n’a lui montré aucune volonté de mettre réellement fin à son attaque massive au Liban contre le Hezbollah. Au contraire, alors que les pourparlers de paix avec l’Iran sont désormais entrés dans une phase critique, Netanyahou n’a pas renoncé à poursuivre l’offensive israëlienne, ayant pris le contrôle du château stratégiquement important de Beaufort dans le sud du Liban et encore frappé dernièrement des cibles du Hezbollah à Beyrouth.

Etant donné que l’Iran insiste pour qu’un cessez-le-feu définitif au Liban reste l’une des conditions clés pour obtenir un cessez-le-feu à long terme dans le Golfe, l’intransigeance de Netanyahou s’avère donc profondément problématique pour la Maison-Blanche, à tel point que Trump a dû le réprimander vertement lors de deux récents appels téléphoniques : Trump s’en est pris en effet à Netanyahou lorsque les responsables israëliens ont menacé d’attaquer Beyrouth et l’a averti qu’une telle mesure ne ferait qu’accroitre l’isolement international d’Israël. Trump a également rappelé à Netanyahou le soutien qu’il lui avait apporté dans sa bataille juridique afin de lui éviter la prison pour des accusations de corruption. En effet l’administration Trump veut conclure le dossier de cette crise en se concentrant sur d’autres priorités que le Liban, essentiellement la réouverture du détroit d’Ormuz et la limitation du programme nucléaire iranien.

Sur le fond, le président Trump et le secrétaire d’Etat Mario Rubio ont exprimé de façon régulière leur optimisme quant à la possibilité qu’un accord global entre Washington et Téhéran soit conclu prochainement, avec la mise en œuvre d’un cessez-le-feu de 60 jours dans le Golfe, durant lequel de nouvelles négociations auront lieu sur d’autres sujets, en particulier les ambitions nucléaires de l’Iran. Netanyahou a de son côté admis avoir des « désaccords tactiques » avec Trump, mais il a insisté sur le fait que les deux dirigeants s’entendent néanmoins sur les points principaux , notamment pour empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.

En réalité, bien que l’administration Trump reconnaisse que le Hezbollah a poursuivi encore dernièrement ses attaques contre Israël, il y a un sentiment croissant à la Maison-Blanche que la réponse d’Israël est disproportionnée, surtout compte tenu du nombre élevé de civils libanais tués ces derniers mois. Il y a également des inquiétudes quant à la décision d’Israël d’étendre son offensive terrestre dans le sud du Liban, où il a pris le contrôle de 10 % du territoire libanais.

De fait la controverse entre Trump et Netanyahou n’est que la dernière en date des désaccords entre les deux hommes depuis le conflit à Gaza, où le président américain a forcé le Premier Ministre israëlien à s’excuser auprès de l’émir du Qatar pour le bombardement visant une réunion à Doha de dirigeants du Hamas. Plus récemment, Trump a remis Netanyahou à sa place à propos des négociations américano-iraniennes, en déclarant publiquement que « Netanyahou fera ce que je lui demanderai de faire ».

En effet, pour tenter de mettre un terme aux combats au Liban, les Etats-Unis ont aidé le gouvernement libanais en appuyant un accord créant des zones de sécurité au sud Liban où les opérations du Hezbollah seraient interdites et où l’armée israëlienne se retirerait au profit de l’armée libanaise.

Une nouvelle réunion israëlo-libanaise est d’ailleurs prévue à Washington au cours de la semaine du 22 juin pour tenter d’avancer sur un accord de sécurité entre les deux pays. Le Hezbollah n’est naturellement pas satisfait de ce processus, mais du fait de sa soumission à Téhéran, beaucoup dépendra de l’éventualité d’un accord global entre les Etats-Unis et l’Iran, incluant bien la fin des hostilités au Liban.

L’absence de convergence de vues entre Trump et Netanyahou sur les objectifs finaux de la guerre peut encore conduire à des frictions entre les deux hommes – qui ont chacun leurs contraintes de politique intérieure – même si toute décision in fine appartiendra au président américain, étant donné la dépendance d’Israël à l’égard de l’assistance militaire et financière des Etats-Unis.

L’exaspération de Trump envers Netanyahou est bien réelle, mais le Premier Ministre israëlien n’a apparemment pas renoncé à faire dérailler le protocole d’accord qui doit être signé le vendredi 21 juin et il a montré à plusieurs reprises qu’il savait faire semblant de se soumettre aux injonctions de Trump tout en poursuivant ses propres objectifs, à Gaza comme au Liban, voire ultérieurement en Iran si la négociation américano-iranienne ne donne pas les résultats escomptés.

Par Bertrand Besancenot