Comme à son habitude, la chambre haute n’acte aucune révolution mais met en lumière les évolutions concrètes de nos territoires.
Les enseignements du dimanche 27 septembre sont certes peu nombreux mais significatifs : l’ancrage électoral évolue avec le même mouvement que les perceptions des Français ; le Sénat reste quasi inébranlable de stabilité ; la pondération continue encore à cadencer le velours rouge du Palais du Luxembourg malgré les remous de l’après-élection.
L’élection présidentielle toute en présence, ne paraissait pas si proche dimanche. Pourtant, au soir de l’ultime élection avant avril 2027, elle fût l’objet de bagarres de communication. La lecture est claire : la tectonique des plaques a bougé, mais les municipales ne nous l’avaient-elles pas soufflé ?
Sur son île, le Sénat tempère. Les « sans étiquette » n’étaient pas si cachés que ça. La droite républicaine (LR) et le centre (UC) conservent leur majorité, Gérard Larcher est réélu. La gauche socialiste (SER) garde l’opposition et la maitrise de la présidence des finances. Les Indépendants (INDEP) essuient les coups avec calme. Le plus vieux groupe parlementaire (RDSE) de France poursuit sa route. Le RDPI (groupe macroniste) survit et ne s’allie pas. Les Verts se maintiennent. Les Communistes n’ont pas perdu leur ancrage militant. La nouveauté réside chez les non-inscrits, ils sont désormais un groupe : celui du RN (/UDR). Ils ont une présidente : Edwige Diaz, Sénatrice de Gironde. Et, cela constitue une première historique sous la Ve République.
La sérénité n’évite pas les tempêtes. Certains signes ne trompent pas : Pascale Gruny dans l’Aisne, Patrick Chaize dans l’Ain ou encore Jean-Pierre Grand dans l’Hérault. Ces trois noms sont le visage des défaites de personnalités ultra-implantées et respectées. Si l’ancrage territorial et la notoriété locale jouent un rôle déterminant dans la galaxie du scrutin indirect, ils ne suffisent pas toujours. La vérité est que LR, SER et UC perdent du terrain au soir de l’élection, même si c’est infime. Cette tendance n’est pas nouvelle et elle a des conséquences limitées grâce à un mercato intense déjà bien avancé. Les deux derniers groupes réuniront certainement respectivement les 60 parlementaires ouvrant la voie à la saisine du Conseil constitutionnel.
En dépit de l’image livrée ce 2 octobre, les équilibres internes vont poursuivre leur évolution. La chasse aux sénateurs sans étiquette et aux indépendants, a déjà fait des émules : pour l’occasion, UC accole indépendants à son nom (UCI) et le sudiste Renaud Muselier s’allie à Hervé Marseille. Le refus aussi devient une pratique et c’est Gabriel Amard qui en fait les frais. Les Ecologistes se sont accordés pour ne pas intégrer l’inédit insoumis, les nouveaux non-inscrits passent-ils de l’autre côté de l’hémicycle ? La finalisation des rattachements étant le 5 octobre à 16 heures, tout peut encore arriver. UC sort généralement toujours gagnant des mouvements internes d’élus sortant reconduits en quête de nouveautés et cette année ne semble pas faire exception. Pourtant, à ce jeu, le mouvement qui détourne tous les regards reste celui entre le RN et les LR, depuis que le premier départ a eu lieu, via la Sénatrice Sylvie Goy-Chavent. D’autres transferts, de tous les bords de l’hémicycle, sont à prévoir et ce jusqu’à l’élection présidentielle.
Avant cela, il y a les Présidents reconduits et les nouveaux, en premier lieu desquels Mélanie Vogel ou encore Xavier Iacovelli. Il y aura les présidences de commission, notamment celle des Finances. Les rapporteurs généraux auront aussi les nouveaux visages de sénateurs qui ont fait leurs classes, Olivier Henno et peut-être Christine Lavarde. Une nouvelle garde déjà bien implantée qui ne trompe pas sur les tendances. Que dire des Vice-Présidences ou autres postes clés, capables de déchirer un groupe sur la durée. A 15, le RN n’obtient pas que de la visibilité, il est en lice pour ces fameux postes clés. Il crée aussi la possibilité de la navette entre ses deux groupes parlementaires. C’est aussi en cela que cette arrivée est remarquée.
Enfin, il y a Gérard Larcher. Réélu. Comme c’était prévu. Mais après 2029, un UCI grandissant, prenant plus de place dans les accords d’une majorité sénatoriale puissante, pourrait donner des idées, légitimes, à un Hervé Marseille qui surfe sur une vague toujours plus puissante.
Les sénatoriales de 2026 nous enseignent que le temps est long dans le palais de Marie de Médicis mais que personne n’y est dupe. Si le Sénat par tradition s’adapte à ses occupants, les prochaines 72 heures s’inscriront parfaitement dans les évènements mouvementés de son histoire. Les présidentielles ont pris leur place dans ce paysage faussement paisible par les voix de Jordan Bardella ou encore de David Lisnard. Chacun sur sa ligne, avec ses intérêts propres. Les sages ont pourtant rappelé les règles simples du Sénat : le refus de tout fatalisme, l’attachement viscéral aux principes démocratiques et le respect des valeurs républicaines. Quant au reste, tout semble permis. Ce n’est pas l’arrivée du budget qui viendra contredire cette réalité.
Toutefois, l’ambiance feutrée du Sénat devrait demeurer avec ses soubresauts inévitables et coups portés car, sous les dorures de la République, la politique se fait souvent avant l’entrée dans l’hémicycle.
Par Claire Calmels
