Sécurité économique : vers une nouvelle doctrine française ?

La redéfinition des équilibres géopolitiques et l’intensification de la compétition internationale imposent à la France de structurer une politique de sécurité économique à la fois offensive et protectrice. Remis au Gouvernement en juillet dernier, le rapport parlementaire consacré à ce sujet pose les bases d’une doctrine nationale renouvelée.
Dans le cadre du Club 31, lieu d’échange régulier entre décideurs économiques et acteurs publics, NSI a réuni une cinquantaine de dirigeants d’entreprises stratégiques françaises afin d’analyser ces orientations. Consultés lors des travaux préparatoires, NSI et le Groupe ADIT ont convié les trois auteurs du rapport pour un dialogue direct :
  • Jean-Louis Thiériot, député de Seine-et-Marne et ancien ministre délégué aux Armées ;
  • Christophe Plassard, sénateur de la Charente-Maritime, auteur du rapport d’information sur la guerre économique ;
  • Charles Rodwell, député des Yvelines, auteur du rapport « Pour une politique d’attractivité d’attaque ».
Ces échanges ont permis de dégager quatre priorités opérationnelles pour les entreprises et les pouvoirs publics.

La coopération public-privé et l’accompagnement des PME stratégiques

Si les grands groupes disposent de ressources dédiées à la conformité et à la protection de leurs actifs, le tissu des PME et ETI critiques demeure exposé. Les discussions ont souligné la nécessité de bâtir un partenariat plus direct et opérationnel entre l’État et ces entreprises : partage d’informations sur les menaces, simplification des canaux d’alerte et appui institutionnel face aux pratiques concurrentielles asymétriques.

Le financement et la mobilisation des capitaux souverains

La préservation de la souveraineté industrielle dépend directement de l’accès à des capitaux de long terme. Face aux risques de prédation étrangère lors des levées de fonds ou des transmissions d’entreprises, la réflexion porte sur les leviers capables de mobiliser l’épargne nationale et européenne au profit des filières critiques (technologies de rupture, défense, santé, transition énergétique).

L’espionnage industriel face aux exigences de transparence

L’inflation normative, notamment en matière de reporting extra-financier, expose les entreprises à des vulnérabilités informationnelles accrues. La volumétrie de données sensibles rendue publique (chaînes d’approvisionnement, cartographies de risques, gouvernance) peut constituer un vecteur d’ingérence économique pour des puissances tierces. La protection des secrets d’affaires et des actifs immatériels devient ainsi un impératif de sécurité opérationnelle.

Le contrôle des investissements étrangers et l’extraterritorialité du droit

Le dispositif de contrôle des investissements étrangers en France (IEF) doit concilier attractivité territoriale et imperméabilité des secteurs sensibles. Les échanges ont insisté sur l’importance d’offrir une meilleure lisibilité réglementaire aux investisseurs, tout en renforçant les instruments de riposte face aux effets d’extraterritorialité juridique, qu’ils émanent de droits tiers ou de la transposition des cadres européens.

Assurer le lien entre réalités économiques et décision publique

L’élaboration des politiques de sécurité économique requiert une circulation fluide de l’expertise entre les acteurs de terrain et les assemblées législatives.
À travers ses activités d’intelligence politique et de communication stratégique, NSI accompagne les dirigeants pour expliciter leurs contraintes opérationnelles, nourrir le débat parlementaire et contribuer à la conception de normes adaptées aux réalités industrielles.