Primaire de la gauche : la candidature et la victoire de Raphaël Glucksmann racontées par ses adversaires

Du 24 septembre au 14 octobre 2026, NSI a cartographié la conversation en ligne autour de Raphaël Glucksmann, avant et après sa victoire à la primaire. Sur 5 611 publications et 3,1 millions d’engagements recensés sur dix plateformes, un constat s’impose : son récit est porté avant tout par ses rivaux et ses détracteurs, et son programme reste quasi absent des échanges.

Une campagne d’abord disputée à gauche

Au départ, la bataille se joue sur le flanc gauche. Le premier débat, le 24 septembre, place Gaza au centre des échanges. Une séquence de la candidate Ségolène Royal, relayée massivement, notamment par l’influenceur Glupatate sur TikTok, capte 65 % de l’engagement de la séquence (95 208 engagements pour cette seule vidéo).

Fin septembre, les appels à voter pour Raphaël Glucksmann se multiplient : 68 publications les 28 et 29 septembre, dont celle du député européen François Kalfon. Mais elles ne génèrent que 10 201 engagements. Au même moment, les premières critiques à fort engagement prennent forme : son refus de l’alliance avec LFI, sa distance supposée avec les Français en difficulté, une ligne jugée trop libérale pour la gauche.

De la vidéo volée au vote : la polémique prend le dessus

Du 2 au 5 octobre, Le Média diffuse une vidéo de Raphaël Glucksmann captée à son insu, contenant des propos sur Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Le leader de LFI s’en empare. Le nombre de publications consacrées à ces propos passe de 11 (30 septembre-1er octobre) à 73 (2-3 octobre), puis à 140 (4-5 octobre). Ségolène Royal ajoute une polémique en l’accusant de sexisme.

Après une retombée de l’attention les 6 et 7 octobre (40 032 engagements), le vote relance les controverses. Les 8 et 9 octobre, le récit « Royal contre Glucksmann » capte 49 % de l’engagement. Des accusations de triche portées par Ségolène Royal circulent, tandis qu’une attaque de bots contre la plateforme de vote est signalée.

Une victoire en partie éclipsée

Le 11 octobre, Raphaël Glucksmann remporte la primaire dès le premier tour. Les 10 et 11 octobre, trois récits concentrent 67 % de l’engagement :

  • la victoire elle-même (27 %), portée par les grands médias (BFMTV, franceinfo, Quotidien) ;
  • les discussions stratégiques sur la campagne post-primaire (22 %), entre Paris Match et des responsables politiques comme Bally Bagayoko ;
  • l’annonce de la victoire en vidéo (18 %), relayée par Brut et TF1 Info.

Les critiques repartent aussitôt. Le post le plus engageant de la soirée est celui des « félicitations » ironiques de Bally Bagayoko (LFI), maire de Saint-Denis : 53 327 engagements.

Les 12 et 13 octobre, l’enfarinage du candidat à la sortie de son QG sature la conversation : 53 % de l’engagement, 298 publications en 48 heures. Une seule vidéo Brut atteint 307 000 engagements sur TikTok, soit 20 % de l’engagement de la séquence à elle seule. Au total, cette séquence dépasse 1,53 million d’engagements, le plus haut niveau de la période.

Après la primaire, des critiques venues de tout le spectre

Jusqu’au vote, ses adversaires venaient surtout de la gauche, à commencer par ses rivaux Ségolène Royal et Olivier Faure. Dès le 12 octobre, le vainqueur de la primaire devient une cible nationale : gauche radicale (Bally Bagayoko, Manon Aubry, Clémence Guetté), extrême droite (Éric Zemmour, Jean Messiha, Gilbert Collard) et souverainistes (François Asselineau) reprennent les mêmes cadres. Trois mots reviennent : « élite », « Macron », « atlantisme ».

Trois critiques s’installent entre les séquences du 10-11 et du 12-13 octobre :

  • un « social-libéral » compatible Macron : de 141 à 359 publications ;
  • ses liens avec la Géorgie et l’Ukraine, sous forme d’accusations relayées par des listes « Qui est Glucksmann ? » sur X : de 22 à 128 publications ;
  • une primaire jugée sans légitimité (François Asselineau, Manon Aubry, Le Gorafi) : de 84 à 111 publications.

De nouveaux angles apparaissent aussi : Éric Zemmour qui serait « plus sincère » que lui (34 publications), ou encore les jets privés et le salaire de la journaliste Léa Salamé, sa conjointe (21 publications depuis le 8 octobre).

Le programme, grand absent à ce stade

Au 14 octobre, ces cadres critiques restent visibles malgré la retombée de l’engagement. Les propositions du candidat, elles, pèsent moins de 1 % de l’engagement : 8 publications sur le chèque énergie, 5 sur les mères seules. À titre de comparaison, l’enfarinage a suscité 298 publications en 48 heures.

Au terme de ces trois semaines, la candidature de Raphaël Glucksmann est surtout racontée par ses adversaires. Un enseignement qui vaut bien au-delà de la politique : remporter un scrutin, lancer un projet ou annoncer une décision ne suffit pas à maîtriser son récit.

Méthodologie

L’analyse porte sur 5 611 publications et 3,1 millions d’engagements collectés sur dix plateformes entre le 24 septembre et le 14 octobre 2026. [À compléter : source et outil de collecte, liste des plateformes, critères d’inclusion.] Les récits ont été suivis par séquences de 48 heures et organisés en cartographie sémantique : chaque point représente une publication, dont la taille est proportionnelle à l’engagement suscité.

Deux précautions de lecture : l’engagement mesuré est un engagement observé, hors vues ; et l’engagement n’est pas l’opinion. Une publication très partagée ne traduit ni une adhésion ni un rejet.


Antidox-NSI est partenaire de Visibrain pour la collecte de données.

Vous souhaitez savoir qui raconte votre organisation, avec quels mots, et quelle part de l’attention chaque récit capte ? Les équipes Social Intelligence de NSI sont à votre disposition.

Crédits illustration : ©AFP – Julie SEBADELHA / Anthropic