Le royaume saoudien avait donné jusqu’à présent l’impression de s’être moins mal sorti que d’autres pays du Golfe du conflit entre les Etats-Unis et l’Iran : il avait subi beaucoup moins d’attaques que ses voisins et il avait pu continuer à exporter son pétrole grâce à son oléoduc traversant la péninsule jusqu’au terminal pétrolier de Yanbu sur la mer rouge.
Or, depuis l’offensive houthie prenant le contrôle du détroit de Bab el-Mandeb et les frappes des milices pro-iraniennes d’Irak sur son oléoduc − entraînant son arrêt temporaire −, plusieurs observateurs soulignent les difficultés actuelles du royaume , qu’on peut résumer ainsi :
- Il fait face à des attaques houthies sur son territoire, et ses pétroliers se voient interdire de franchir le détroit de Bab el-Mandeb.
- Contrairement à sa promesse au prince héritier saoudien, le président Trump n’envisage pas une intervention militaire américaine contre les Houthis, à part un appui en matière de renseignements.
- Les Israéliens – qui ont eux-mêmes subi des frappes houthies – ne semblent pas non plus disposés à agir.
- Les alliés du Pacte de La Mecque – Pakistan et Turquie – ne constituent pas encore des partenaires militaires opérationnels, même s’ ils paraissent prêts à apporter une certaine assistance militaire à Riyad.
- La négociation américano-iranienne est dans l’impasse – malgré les efforts renouvelés du Pakistan et des pays du Golfe – et le refus de Trump à la dernière proposition iranienne montre que les deux protagonistes sont toujours persuadés que le temps joue pour eux , ce qui n’augure pas d’un règlement rapide.
- Le sommet sino-américain n’a apparemment pas donné de résultat sur le dossier du Moyen-Orient, alors que la Chine pourrait jouer un rôle de médiateur, étant le seul pays en mesure de faire pression sur Téhéran. Il est vrai que le président Xi n’est peut-être pas pressé de sortir son homologue américain du guêpier iranien, qui affaiblit la crédibilité internationale des Etats-Unis.
Néanmoins l’Arabie Saoudite ne reste pas les bras croisés devant cette situation :
- Elle a réparé l’oléoduc menant à Yanbu et a partiellement repris l’exportation de son brut.
- La France et le Royaume-Uni se sont engagés aux côtés du royaume, en protégeant certaines installations vitales saoudiennes (France) et en approvisionnant en vol les avions saoudiens engagés dans la lutte contre les Houthis (Royaume-Uni).
- L’aviation saoudienne intervient dans le détroit de Bab el-Mandeb et ailleurs au Yémen en appui aux forces du gouvernement légitime yéménite. Des préparatifs sont en cours pour une opération d’envergure à venir.
- En même temps, les canaux diplomatiques sont activés – y compris avec l’Iran et la Chine – même si la réponse hypocrite de Téhéran (« c’est une affaire entre Houthis et Saoudiens ») n’est pas de bonne augure.
Il reste toujours un point d’interrogation sur l’attitude du président Trump, qui est capable de changer d’avis…
Le royaume préfèrerait ne pas s’engager dans une confrontation d’envergure au Yémen et il laisse la porte ouverte à une négociation, mais sa patience a des limites. Il est cependant conscient que la question du détroit de Bab el-Mandeb est en réalité in fine tributaire d’un arrangement éventuel plus large entre Washington et Téhéran.
Soulignons enfin que l’appui de la France à l’Arabie Saoudite est naturellement apprécié et il devrait être retenu à Riyad lorsque la crise prendra fin.
