Syrie : 18 mois après la chute de Bachar El Assad, les entreprises françaises et européennes doivent saisir l’opportunité de la reconstruction

En décembre 2024, une coalition de groupes armés, dominée par Hayat Tahrir al Cham (HTC) s’emparait de Damas, mettant un terme à plus de cinquante ans de dictature des Assad (père et fils) et à treize années d’une guerre civile particulièrement meurtrière. Un nouveau pouvoir se mettait en place, incarné par le chef d’HTC, Ahmad Al Charaa.

Le nouveau Gouvernement de transition constitué en mars 2025 devait faire face à un défi considérable : remettre en marche un pays en ruines, profondément divisé et fragmenté, soumis à la présence ou aux incursions sur son territoire de forces étrangères (turques au Nord, américaines au Nord-est, russes sur la frange côtière, israéliennes au Sud…), en proie à l’insécurité et au risque de résurgence de l’Etat islamique, et mis au ban de la communauté internationale.

Dix-huit mois plus tard, le bilan de la transition est encourageant. Confronté à la nécessité de rassurer les minorités, pour réunifier le pays (et favoriser le retour dans leurs foyers de quelque 13 millions de réfugiés et déplacés), mais aussi de donner des gages à la communauté́ internationale, pour obtenir la levée des sanctions et ouvrir la voie à la reconstruction, le nouveau régime a su, en dépit des appréhensions qu’il a pouvait légitimement susciter, faire preuve d’habileté́ et de pragmatisme.

Sur le plan intérieur, après plusieurs épisodes de tensions intercommunautaires avec des minorités désireuses de préserver l’autonomie acquise pendant la guerre civile, l’accord signé en janvier dernier avec les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), qui prévoit le retour du Nord-Est Syrien sous administration de Damas et l’intégration de leurs forces au sein de l’armée syrienne, vient couronner cette approche pragmatique.

Enfin, si la situation humanitaire demeure en tension dans plusieurs régions du pays, la vie a repris progressivement ses droits dans les régions contrôlées par le pouvoir et l’amélioration de la situation sécuritaire a permis le retour dans leur région d’origine d’environ 3 millions de réfugiés et déplacés. Le sentiment désormais partagé par une majorité de la population, est marqué par une confiance prudente placée en un nouveau pouvoir perçu comme ayant la volonté et la capacité de donner satisfaction à ses besoins élémentaires, délaissés depuis des décennies. En attendant que les investissements promis se concrétisent, le gouvernement a décidé le doublement des salaires de toute la fonction publique, mouvement bientôt suivi par le secteur privé.

Sur les plans régional et international, la même approche pragmatique a permis de rompre l’isolement du pays. Le partenariat avec la Turquie est particulièrement structurant, notamment dans les domaines économique et sécuritaire. Les relations sont aujourd’hui étroites notamment avec l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats Arabes Unis, dont les entreprises sont déjà à pied d’œuvre en Syrie. Enfin, la relation avec Israël est ambivalente : si un dialogue sécuritaire a été instauré sous l’égide des Etats-Unis, le soutien, y compris armé, apporté par l’Etat hébreu à la communauté druze dans son conflit avec Damas constitue une pomme de discorde.

Conscient que leur soutien était indispensable à la reconstruction du pays, le Président Al Charaa s’est attaché, dès son avènement, à renouer des liens avec les pays occidentaux. À noter qu’il a réservé sa première visite officielle à la France.

Ces rencontres ont débouché sur l’instauration d’un dialogue exigeant, au terme desquels les Etats-Unis et l’Europe ont suspendu  ou levé l’essentiel des sanctions prises à l’encontre de la Syrie sous le régime précédent, en contrepartie d’engagements de la partie syrienne (sur la lutte contre le terrorisme islamiste, la protection des droits des minorités, l’inclusion politique…).

Si certains facteurs sont toujours perçus par les entreprises, notamment occidentales, comme des freins au développement de leurs activités en Syrie, les progrès réalisés sur le plan sécuritaire, et le redémarrage économique permettent désormais d’envisager la reconstruction du pays comme une perspective crédible.

La question du financement demeure complexe, tant les maigres ressources locales ne permettent pas encore de couvrir les besoins de la reconstruction, estimés entre 250 et 400 milliards de dollars américains. Les banques françaises et européennes demeurent relativement prudentes quant au déploiement d’outils de financements, en raison de l’absence de correspondance bancaire – la Syrie demeurant sur la liste grise du GAFI. Plusieurs solutions sont déjà déployées, en particulier via des banques et institutions financières de pays du Golfe. A l’inverse, les institutions financières internationales, le Groupe de la Banque mondiale en tête, rouvrent progressivement les procédures d’appels d’offres sur le pays.

Au demeurant, la levée massive des sanctions occidentales souligne un intérêt renouvelé pour le pays, qui tâche d’équilibrer plus intelligemment ses relations économiques. On dénombre déjà entre 25 et 30 milliards de dollars américains de projets signés dans les domaines de la logistique, de la construction, et des infrastructures stratégiques (eau, électricité), venant en majorité de pays du Golfe et de la Turquie.

En attendant la prochaine loi sur l’investissement, actuellement en préparation, un décret présidentiel assure un régime de protection satisfaisant aux investisseurs étrangers. Le moment semble venu pour les entreprises françaises, encore trop peu mobilisées sur le sujet, de s’intéresser à la Syrie.

La France, qui a maintenu jusqu’à̀ la fin sa rupture avec le régime de Bachar Al Assad, a été la première, dans le camp occidental, à ouvrir un dialogue avec le Président Al Charaa. Paris conserve en Syrie, et singulièrement auprès des nouvelles autorités, une image positive ; le savoir-faire de ses entreprises y est reconnu et doit permettre de saisir les opportunités. Alors que les acteurs régionaux s’impliquent déjà, aborder le marché syrien par des partenariats avec les pays du Golfe ou la Turquie permettra par ailleurs de dépasser les difficultés mentionnées précédemment, notamment en termes de financement et d’opérations interbancaires.

Pour naviguer dans ce contexte difficile à décrypter, l’ADIT, à travers Next Step Influence et ses différentes filiales, dispose de tous les outils nécessaires pour accompagner nos entreprises en  Syrie. Grâce à̀ son représentant à Damas, elle est en mesure de leur proposer toute la gamme des services dont elles peuvent avoir besoin pour opérer en Syrie, et a déjà mis en place une veille des appels d’offres susceptibles d’intéresser les entreprises françaises. Ses bureaux à Bruxelles et à Dubaï peuvent également les assister dans la recherche de financements et de partenariats internationaux.

Par André Parant