Tom Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial du président Trump pour la Syrie et l’Irak, a déclaré récemment que les grandes affaires qui sous-tendent la sécurité mondiale depuis des décennies subissent une transformation majeure et que les pays du Moyen-Orient et d’ailleurs devaient désormais se concentrer sur leur sécurité par le biais de partenariats régionaux. Il a même précisé lors du Forum sur la sécurité mondiale à Doha que « L’Amérique, en tant que garant du monde depuis 80 ans, n’est plus là. Ce qui se passe dans cette administration n’est pas un abandon, c’est un message de réalignement ».
Cela signifie en clair que les arrangements forgés à la suite de la Seconde Guerre mondiale, essentiellement un pacte – celui de Quincy avec les Saoudiens – par lequel l’Amérique a fourni la sécurité en échange d’un pétrole à prix modéré, ne correspondent plus aux impératifs de Washington. Tom Barrack a été clair en déclarant même que les États-Unis ne veulent plus sacrifier leurs vies pour le Moyen-Orient et que les États du Golfe sont conscients que Washington ne peut plus assurer leur sécurité…
En réalité, ce message américain n’est pas tout-à-fait uniforme, car, fin juin, le Secrétaire d’État Marco Rubio a réaffirmé à Koweït l’engagement des États-Unis à protéger les États du Golfe contre les missiles et drones iraniens. De même, le 29 septembre 2025, le président Trump a signé un décret garantissant la sécurité du Qatar, en cas de nouvelle attaque. Et le 18 novembre de la même année, il a désigné l’Arabie saoudite comme « allié majeur hors OTAN », signé un accord de défense stratégique avec Riyad et approuvé la vente future d’avions F-35 au royaume.
Les propos de Tom Barrack appliquent en fait à la région du Moyen-Orient la doctrine de la « stratégie de sécurité nationale » de l’administration Trump publiée le 4 décembre 2025. Celle-ci déclare en effet révolu le temps où les États-Unis étaient les principaux soutiens de l’ordre mondial et évoque désormais un « partage et transfert du fardeau ». Sa section sur le Moyen-Orient juge que la région ne doit plus dominer la politique étrangère américaine au profit désormais d’engagements limités, d’un transfert de la charge et de partenariats économiques. Le récent retrait américain d’Irak en est la première illustration.
Appliquée au Golfe, cela donne Washington comme garant en dernier ressort plutôt qu’organisateur de première instance de la stabilité, avec les pays de la région prenant une part de l’action diplomatique et de leur sécurité. Les États-Unis renoncent donc à l’automaticité de leur protection, mais pas à leur capacité d’intervenir. Le rôle de gendarme, qui répondait à toute menace et pour tous les alliés, cède la place à celui de protecteur dont l’engagement dépend désormais des intérêts américains, des moyens disponibles et de la contribution des bénéficiaires, comme on le voit dans les derniers développements au Yémen.
L’Arabie saoudite l’a compris en signant le pacte de La Mecque avec le Pakistan et la Turquie, qui est plus à ce stade un accord politique qu’une véritable alliance de défense, mais qui devrait permettre à ces pays de peser plus collectivement sur tout futur accord régional avec l’Iran.
