Visite du Président de la République dans le Golfe

Le président Macron a effectué les 19 et 20 octobre une tournée dans le Golfe qui l’a conduit successivement à Koweït, Abou Dhabi, Manama et Doha, et qu’il a poursuivie le 21 à Riyad.

Étant donné la situation intérieure en France, certains se sont interrogés sur le calendrier de ces visites. Il n’en reste pas moins qu’elles se justifient par l’impasse persistante au Moyen-Orient, qui a des conséquences très négatives sur notre économie et celle du monde entier.

C’est la raison pour laquelle ce voyage a été présenté avec pour objectif prioritaire de sécuriser nos approvisionnements énergétiques ; et le Président de la République était en effet accompagné – outre des ministres des affaires étrangères, de la défense et de l’économie – par les patrons de TotalEnergies et d’Engie.

À Koweït, une série d’accords de principe ont été signés dans les domaines de la Défense et de l’Intelligence Artificielle, et la question du renforcement de notre coopération militaire a aussi été abordée dans les autres pays visités. La France a en effet été un allié au rendez-vous des pays du Golfe en contribuant de manière concrète à la défense de leur territoire lors des frappes iraniennes ; et ces pays lui en sont reconnaissants.

Dans tous les pays, les discussions ont porté sur la livraison de stocks de kérosène et de diesel, l’objectif étant d’avoir des volumes supplémentaires qui permettront d’avoir plus d’approvisionnement en France, avec un effet indirect sur les coûts. On parle de 100 000 tonnes par mois de diesel émirien et d’une quantité identique à Bahreïn. L’Arabie Saoudite aurait également garanti 95.000 tonnes. Des discussions ont également eu lieu pour faire baisser les prix des assurances maritimes.

On sait que la difficulté actuelle n’est pas tant la production d’hydrocarbures que son exportation en raison du blocage partiel des détroits d’Ormuz et de Bab el Mandeb.

La cause de la crise énergétique est donc la non-résolution du conflit américano-iranien malgré les efforts diplomatiques du Pakistan et de ses alliés dans le Golfe. Il est donc légitime que la France – qui est le pays européen le plus actif politiquement au Moyen-Orient – se consulte avec ses partenaires et alliés du CCEAG sur les perspectives de sortie de crise dans la région. Cela est d’autant plus nécessaire que notre pays est lié par des accords de défense et de sécurité avec les pays du Golfe, que nous avons des bases militaires aux Émirats arabes unis et à Djibouti et que nous participons à la coalition chargée d’assurer la liberté de navigation en mer rouge. Nous contribuons en outre à la protection du terminal pétrolier de Yanbu en Arabie Saoudite, qui est visé par les rebelles Houthis du Yémen.

La visite du Président de la République dans ces quatre pays a donc constitué un message bienvenu de solidarité à leur égard, à un moment où ils sont profondément affectés par la guerre dans le Golfe et où leur confiance dans les engagements du président Trump est sérieusement ébranlée. Le Moyen-Orient entre en effet dans une nouvelle phase marquée par la remise en question de la domination américaine. Un nouvel ordre régional est en cours de formation, dans lequel les monarchies du Golfe cherchent à diversifier leurs partenariats stratégiques et à redéfinir leurs rapports avec les grandes puissances. Cela crée donc des opportunités pour la France et l’Europe, qui peuvent contribuer à la sécurisation des sites vitaux dans la région, ainsi qu’à la mise en œuvre des grands projets économiques de ces États.

Par Bertrand Besancenot