Moyen-Orient : Téhéran tente de pousser son avantage avant le 3 novembre

À l’approche des échéances électorales israéliennes et américaines, les tensions ont fortement augmenté dans la région, sur plusieurs théâtres d’affrontement. Depuis le 7 octobre, les Houthis frappent les aéroports saoudiens et ont frappé le palais présidentiel d’Aden, tandis que les attaques contre les navires reprennent dans le détroit d’Ormuz. Face à eux, la posture américaine s’étiole. L’incertitude reste très élevée jusqu’aux élections du 27 octobre (Israël) et du 3 novembre (États-Unis), créant une fenêtre de risque accru.

Une Arabie saoudite en première ligne

Initialement moins visé que ses voisins lors des précédentes phases du conflit (mars-avril, puis été), le royaume saoudien est désormais sous le feu. La frappe du 10 octobre sur l’aéroport King Khalid de Riyad (KKIA), qui a fait au moins 13 morts et 309 blessés selon les autorités aériennes saoudiennes, marque un tournant. La multiplication des attaques contre les aéroports (20 attaques au 15 octobre rien que sur celui de Riyad, frappes sur Dammam et Abha) menace la Vision 2030 chère au prince héritier Mohammed ben Salmane. Elle fait aussi peser un risque sur les grands événements économiques prévus ce mois-ci, en particulier la Future Investment Initiative (26-29 octobre), grand rendez-vous annuel du PIF et vitrine de la Vision 2030.

Ces attaques s’ajoutent à un contexte macroéconomique toujours difficile. Les dernières prévisions du FMI pour 2026, publiées le 13 octobre, annoncent une récession généralisée dans la région, à l’exception d’Oman. Si les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite limitent les dégâts grâce à leurs voies d’exportation alternatives, les frappes sur les aéroports saoudiens et la reprise des attaques dans le détroit d’Ormuz peuvent encore aggraver ces prévisions et retarder le rebond attendu en 2027, qui reste conditionné à une résolution, même partielle, du conflit.

Un axe iranien qui pousse ses pions

Sur le terrain yéménite, les Houthis gardent l’initiative : ils tiennent toujours la côte face aux contre-offensives pro-gouvernementales, ont encerclé Taëz, troisième ville du pays, et continuent de frapper Marib et Aden, les deux dernières grandes villes qui leur échappent encore.

Souvent désignés comme des proxys iraniens, les Houthis ont pourtant leur propre agenda, qui vise la prise de contrôle totale du pouvoir au Yémen. Leur coopération avec Téhéran est forte lorsque leurs agendas sont alignés, comme c’est le cas aujourd’hui avant les midterms.

« Les Houthis exploitent une fenêtre d’opportunité avant les midterms, jugeant que Trump n’autorisera pas d’engagement significatif par crainte pour les prix de l’énergie. »

Dans le détroit d’Ormuz, on compte 20 attaques sur navires depuis le 1er octobre, dont 11 sur les quatre derniers jours (UKMTO/Al Jazeera, 14 oct.). Le CENTCOM annonce que le GFS Pride, touché par un projectile des Gardiens de la révolution, a coulé. Selon un responsable iranien, Téhéran a changé de tactique il y a environ dix jours afin d’influencer les élections américaines (Reuters).

Si Téhéran peut voir d’un bon œil une pression supplémentaire sur les prix de l’énergie, une escalade trop violente pourrait desservir son objectif final : convaincre les États de la région d’écarter les États-Unis et de traiter directement avec l’Iran.

Les États-Unis en retrait

Principal allié de Riyad, Washington se refuse toujours à déclencher de nouvelles frappes sur le Yémen. Trump a déclaré le 14 octobre : « If I told you I made a decision, that wouldn’t be good ». Le soutien américain se borne à plus de 100 conseillers militaires fournissant du renseignement au sein d’un commandement conjoint (CNN). La promesse faite par Trump le 8 octobre de ne pas intervenir avant le 3 novembre contraint son action, au Yémen mais aussi en Iran.

Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a déclaré « The noose is tightening around Iran’s economy » et a annoncé de nouvelles sanctions le soir du 15. Selon Vortexa, société de suivi de la flotte fantôme iranienne, les sorties de brut iranien sont tombées à zéro et les stocks en mer de Chine approchent de leur terme.

Si le blocus total de la marine américaine reste en place, la posture militaire des États-Unis s’est néanmoins étiolée : les forces américaines ont définitivement quitté l’Irak le 30 septembre, et de nombreuses bases restent largement inutilisables, en particulier au Koweït (forces terrestres) et à Bahreïn (base navale), ce qui renforce les délais et les coûts de ravitaillement des forces déployées dans la région.

Une fenêtre d’incertitude jusqu’au 3 novembre

Les élections israéliennes (27 octobre) et les midterms américains ouvrent une fenêtre de forte incertitude. Les derniers sondages en Israël placent la coalition de Netanyahu et le bloc d’opposition au coude à coude en nombre de sièges (entre 50 et 53). Les négociations sur la formation d’une coalition, sorte de « second tour indirect », seront probablement longues et difficiles.

Aux États-Unis, l’approbation de Trump (-22,5) et le soutien à la guerre (-27,9) sont au plus bas, et les derniers sondages montrent une forte probabilité de victoire démocrate à la Chambre des représentants. Mais le véritable enjeu se situe au Sénat : une majorité démocrate ouvrirait probablement la voie à une tentative d’impeachment, tandis qu’une égalité parfaite donnerait au vice-président JD Vance le rôle de voix décisive. Dans les deux cas, la séquence électorale devrait compliquer la seconde partie du mandat de Donald Trump. C’est probablement le pari que font aujourd’hui les Iraniens, pour obtenir un « deal » le plus favorable possible à leurs intérêts, avec les États-Unis comme directement avec les États de la région.

Par Antoine Poirier